Numéro 367 - Janvier / Février 2008 - Minéraux & Fossiles


Brookite sur quartz du Beluchistan - H = 40 mm

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Ce premier numéro de 2008 fait une large part à la dernière bourse de Munich et aux célèbres poissons fossiles de l'Éocène du "Monte" Bolca en Italie. Ce numéro inclut un questionnaire de M. Thierry Charrier qui permettra de mieux connaître le patrimoine minéralogique français. Les résultats seront publiés à la fin du premier semestre 2008 dans un numéro Hors Série "Spécial" (en sus de ceux prévus) consacré à la collection de minéraux permettant ainsi aux collectionneurs, débutants ou confirmés d'améliorer la valeur de leur collection.

Patrice LEBRUN, rédacteur en chef vous rappelle que vous pouvez le joindre par courriel pour participer aux rubriques "Questions / Réponses" et Forum et que toutes vos suggestions et / ou compléments d'information sur les articles sont les bienvenus.

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Les Actualités

Les échos :
* - De la Cavnicite, une variété de calcite de Cavnic : et non une variété de wavellite comme indiqué dans "Cristalele rommaniei" de Ion Miclea et Marcian Bleahu - 1977 - Réaction positive à l'acide chlorhydrique indiquant un carbonate...
* - Volcanisme lunaire : actif peu après la formation du satellite....
*- Coulées basaltiques et réchauffement mantellique :  N. Coltice et son équipe ont montré que l'agrégation continentale privilégie la fusion de grandes quantités de matériaux sans qu'il soit nécessaire de requérir à des panaches mantelliques... et ainsi il existerait deux types de coulées basaltiques, l'un causé par des panaches (trapps du Deccan) , l'autre par un réchauffement global du manteau.

Les nouveaux minéraux (4) : Chronique de Fabien Cesbron
Numanoïte, analogue cuprifère de la borcarite du nom du Dr T. Numano (1931-2001) professeur émérite de l'université d'Okayama
Fluoro-magnésiohastingsite, amphibole, nom donné en accord avec les règles de nomenclature des amphiboles
Tassieïte
, du groupe de la wicksite, rappel du nom de la localité Tassie Harnn (Antarctique) où elle fut découverte
Kochsándorite, nommé en l'honneur de Sándor Koch (1896-1983), professeur du département de minéralogie de l'université de J. Attila (aujourd'hui Szeged) et auteur en 1966 de l'ouvrage Minéraux de Hongrie


L'actualité paléontologique
 Chronique de Patrice Lebrun - Rédacteur en chef -
(au prochain numéro)


Minas Gerais
la "grande réserve" minéralogique du Brésil
Texte et Photos de Bernard Martinez

Cinquième état du Brésil, le Minas Gerais a une superficie supérieure à la France, seulement 700 municipalités et 18 millions d'habitants vivants essentiellement dans les grandes villes telle Belo Horizonte (3 millions) qui voit chaque jour arriver des campagnes les "garimpeiros" pour vendre leurs récentes découvertes. Si les ressources "minéralogiques" (pierres fines, manganèse, fer, zinc...) assure encore la richesse de l'état, les productions de café, canne à sucre et fruits sont en plein développement.


Construite au début du 18ème siècle, Ouro Preto capitale du Minas Gerais de 1823 à 1897 a conservé son architecture coloniale de style baroque

Parmi les gemmes de cet état, citons principalement l'aigue-marine, la topaze impériale d'un jaune orangé dont Ouro Preto constitue l'unique gisement mondial, les tourmalines dont la rubellite, la citrine.
Le diamant à l'origine de la prospérité est devenu très rare dans le Minas Gerais.


Tourmaline du Minas Gerais - Brésil - H = 11 cm

Ouro Preto est la principale ville du triangle minier avec Diamantina et Mariana. A 93 km de Belo Horizonte et 1200 m d'altitude, elle fut fondée en 1698 et en 1980 fut inscrite sur la liste du Patrimoine de l'Humanité par l'Unesco.


Les poissons fossiles du "Monte" Bolca (Italie)
Texte de Stéphane DOYEN, photos de l'auteur et Louis Carion

Si Bolca (région de Vérone) reste la localité fossilifère la plus célèbre du monde, les poissons fossiles viennent de trois localités :
La Pescaria, le mont Postale et la Purga di Bolca-Vegroni

Évolution géologique de la Vénétie occidentale

La succession stratigraphique part de roches du Crétacé (-145 Ma) pour se terminer avec celles de l'Oligocène (- 34/35 Ma).
L'élément caractérisant des Paléocène (- 65 Ma), Éocène et Oligocène inférieur reste l'alternance de roches d'origine volcanique avec des calcaires riches en restes d'organismes d'eaux peu profondes
Aux premières phases de l'orogenèse alpine, il se forme une zone de dépression et d'intense activité volcanique, et entre le Paléocène et l'Oligocène, on note onze phases magmatiques distinctes dans la zone de Vénétie entre lesquelles vont s'intercaler des niveaux sédimentaires de carbonates de mer peu profonde comme à Pescaria et mont Postale. Le site de Purga di Bolca-Vegroni est quant à lui constitué de dépôts volcaniques et de terrigènes continentales
A la fin du Cénozoïque, la zone est complètement émergée et atteindra lentement son aspect actuel.



Carte schématique des gisements de poissons de la Bolca

Poissons de Bolca

L'ichtyofaune de Bolca représente le plus ancien exemple d'une association moderne d'eaux côtières tempérées à sub-tropicales. Plus de 300 espèces ont été découvertes à ceux jours et hormis les gisements du Liban, les sites à poissons du monde ne représente que quelques dizaines d'espèces. Outre les poissons dont nombre de groupes ont nécessités une re-description, ce milieu marin ne peut se comprendre qu'avec les autres restes de crustacés, vers, mollusques, insectes, plantes.... et ainsi la découverte de "palmiers" dans les dépôts de Purga di Bolca indique un milieu (marécages, étangs côtiers...) bien différent de La Pescaria et du mont Postale (lagune ou mer peu profonde en bordure de côte)

Un peu d'histoire

La première citation dans la littérature des fossiles de la Bolca est due à Andrea Mattiolo en 1555 qui voit en ces plaques représentant des poissons des oeuvres de la nature.
Jusqu'au 18ème siècle de la description du pharmacien véronais Francesco Calceolari, fondateur d'un des premiers musées naturalistes à l'archevêque de Grezzana, ces poissons sont vus comme une preuve du Déluge de la Bible.
Ces fossiles recherchés par les nobles et collectionneurs dont Giovanbattista Gazola, puis Napoléon fit transférer les découvertes en France et en 1817 la famille CERATO obtint le droit d'exploitation de la Pescaria qui se transmit jusqu'à aujourd'hui.

 

Fossilisation
Si en 500 ans, on peut estimer que 100.000 poissons ont été découverts, on ne peut néanmoins parler d'extinction de masse comme au Liban. L'hypothèse principale reste que les poissons sont morts et se sont déposés dans des intervalles temporels différents (d'une année à plusieurs milliers). Le site de Pescaria est ainsi composé de 5 niveaux fossilifères eux mêmes composés de centaines de "lames" de plusieurs centaines de m² avec une moyenne d'un poisson par 10 m².
Le seul fait avéré reste que l'ensemble des spécimens sont complets indiquant une arrivée au fond en bonne condition, parfois rapide comme en témoigne un enfouissement dans un fond "mou". La fossilisation a eu lieu en l'absence de micro-organismes nécrophages due au manque d'oxygène ?, à une salinité élevée ?, vitesse de sédimentation rapide ?...ou ces 3 conditions réunies.

Écosystème
Dés les premières analyses scientifiques, les poissons ont paru correspondre aux formes tropicales qui peuplent les basses mers avec leurs récifs coralliens mais les roches contenant les "palmiers" ont un âge différent des niveaux à poissons et en outre les niveaux de lignite témoignent d'un milieu marécageux éloigné d'un récif corallien...


La  bourse de MUNICH 2007
Texte de Patrice LEBRUN et
photos de Louis CARION

Vendredi 2 novembre 2007 au matin, installation du stand de Minéraux & Fossiles dans le carré des éditeurs à proximité de l'espace VIP dans le hall central A5. Cette année, ce sont les minéraux himalayens,  minéraux et gemmes du PaKistan, de l'Afghanistan et du Népal qui sont à l'honneur avec comme clous de l'exposition la "rose d'Asie" acquise par le musée d'histoire naturelle de Milan et la plus grosse aigue-marine gemme un prisme hexagonal de 44 cm et d'un poids de 26,2 kg trouvée dans les pegmatites de Dassu, vallée de Shigar, district de Skardu. Parmi les pièces remarquables :

 Pakistan

  • Aigues-marines bleu d'eau de 20 cm et + associées à des petits cristaux de schorl
  • Topazes jaune-orangé de Nyet-Bruk (Baltishan)
  • Topaze rose de Katlang (Mardan)
  • Péridot vert profond sur magnétite de Naran Kagan
  • Quartz fenêtre de la vallée de Zhob
  • Anatase de 20 mm sur quartz hyalin de Taftan (Baluchistan)
  • Bastnäsite-Ce ambrée de 20 mm des monts Zegi

Afghanistan

  • Phlogopite gemme de la vallée de Koksha
  • Manganotitanite du Nuristan
  • Elbaite et quartz sur cleavelandite
  • Tourmaline verte sur microcline
  • Spodumène et barytine sur quartz de Laghman

On notait parmi les institutions participant à la bourse, les prêts consentis par le M.N.H.N. et plus particulièrement :

  • Chevkinite-Ce de 20 cm de Saril
  • Elbaïte sur pollucite de Shengus
  • Bérylionite (cristal) de Paprok
  • Varyménite (cristal) d'Afghanistan
  • Lapis-lazuli, coupelle de Sar-e-Sang du XVI° (Florence)

Les poissons de Bolca

De nombreuses pièces historiques prêtées par le musée municipal des sciences naturelles de Vérone, étaient exposées dont

  • Eoplatax papilio (poisson-ange) un des cinq connus
  • Ceratoichtys pinnatiformis (carangidé)
  • Paranguilla tigrina (murène)
  • Trygon muricata (raie)

De nombreux poissons fossiles de la vallée de l'Araripe (Brésil) ainsi que quelques restes de reptiles volants de la formation de Crato.

Reptiles volants

Belle exposition de ptérosauriens du Mésozoïque, reptiles volants bien représentés dans les calcaires de la région de Solnhofen situé à 1h de route de Munich.

Le Trentin à l'honneur

Dans le hall A autour d'une reconstitution des Alpes dolomitiques, on trouvait les richesses minéralogiques et paléontologiques du Trentin parmi lesquelles :

  • Anorthite rose et monticellite d Toal de la Foa
  • Heulandite rouge de Do-la-Pale
  • Fassaïte de 50 mm accompagnée de vésuvianite
  • Pyromorphite sur quartz morion du Val Sugana
  • Harpactocarcinus punctulatus (crabe) du Mont Baldo
  • Reinechia (ammonite) de 50 cm du Jurassique de Castione

Les "Sammler Vitrinen"

Il s'agit de vitrines thématiques de collectionneurs privés dont :

  • Walter Weber et ses crocoïtes et psilomélane de la mine Papi (Dundas - Tasmanie)
  • Eric Asselborn et ses fluorines roses du Mont Blanc
  • Fritz Jâhnig et ses ataxiocératidés
  • Josef Penzkofer et ses fossiles de la molasse de Gurlan

 


Harpactocarcinus punctulatus de l'Eocène du Mont Baldo

Des minéraux
Les pièces à acquérir se trouvaient principalement dans le hall central au quartier VIP avec les plus beaux spécimens et au Hall 4. Les principaux marchands français étaient présents et parmi eux François Liétard et ses minéraux himalayens, Astier Minéraux avec de récentes trouvailles de quartz enfumé alpin, Gilles et Françoise Barras-Gautier avec notamment un chapelet de calcite (Hunan) en cristaux lenticulaires aux arêtes soulignées de chalcopyrite, Frédéric Escaut avec du microlite en cristaux (20 mm) sur cassitérite (Mozambique),Cailloux Minerals et magnifiques brazilianites jaune pâle, René Daulon et ses minéraux chinois,Webminerals.com avec ses associations zinkénite et sidérite (Alpes de Hte Provence), Laurent Thomas et des liddicoatites (Madagascar) d'une belle couleur bleu verdâtre, Brice et Christophe Gobin avec une aigue marine de 35 cm sur orthose, Jérôme Adani et des spécimens de torbernite sur gangue (Aveyron), Alain Martaud et une plaque d'olivénite aciculaire associée à de la malachite en boule (Brésil)...
.... et des fossiles
Manifestation essentiellement minéralogique, la bourse de Munich présente néanmoins des fossiles intéressants où à côté des classiques marocains on pouvait notamment remarquer parmi les trilobites de beaux Ceratarges, Crotalocephalus et Eoharpes dans une gamme de prix de 10 à 20.000 euros, de rares asaphidés sur le stand de Nord Fossils, d'exceptionnels trilobitomorphesà carapace molle du Cambrien de Chengjiang rapportés à Naronia spinosa (78 € le moule externe), une rare ammonite Didymoceras du Campanien supérieur des Etats Unis (1.860 €), un couple d'exceptionnels turrilitidés à 16.000 €....


TOPAZE
Un fluorosilicate d'aluminium

L'origine du nom n'est pas clairement défini mais il proviendrait d'une île de la mer Rouge (Topazos) mais les anciens dont Albert le Grand parlent d'une pierre "verte" (rare chez la topaze, quelque fois verdâtre) plus assimilable à l'olivine de l'île Zabargad (Égypte), voir à un péridot riche en magnésium... et apparemment le nom actuel semble avoir été donné pour la première fois au minéral découvert par Henckel en 1737 lorsqu'il décrivit la topaze de Saxe (Topazius vera Saxonia)

La topaze, de formule Al2(SiO4)(F,OH)2 est un nésosilicate orthorhombique. Des traces de Fe2+, Fe3+, Mn3+ et Cr3+ induisent les différentes colorations. La topaze se présente en prismes allongés mais les cristaux biterminés sont assez rares du fait du clivage parfait perpendiculaire à la direction d'accroissement des cristaux.

Riche en inclusions, elle possède une mauvaise conductibilité thermique et une variation brutale de température peut entraîner de même qu'un choc mécanique le clivage parfait de la pierre.

Transparente à translucide avec un éclat vitreux tirant sur le nacré
Couleurs incolore, jaune pâle (Saxe), jaune orangé (Ouro Preto au Brésil), bleu intense à pâle tournant verdâtre (Brésil, Usa), brun jaune ± enfumé (Mexique), rose (Pakistan)....

Dureté 8 par définition sur l'échelle de Mohs
Densité de 3,49 à 3,57
Biaxe positive à indice 1,606 / 1,630
Faiblement pyroélectrique et piézoélectrique
Légèrement triboluminescente (émission lumineuse lorsqu'elle est broyée) et fluorescences en bleu, vert ou orange sous rayons X
Altération en séricite sous influence hydrothermale
 

Apprécié en joaillerie, elle est souvent traitée pour modifier la couleur par chauffage (le jaune orangé d'Oura Preto devient Lie de vin), par irradiations diverses donnant notamment le bleu dit "électrique"... et une société américaine produit des topazes de diverses couleurs par diffusion de titane sur la culasse d'une pierre taillée !!!

Conditions de gisement
La topaze peut se former depuis des conditions magmatiques jusqu'à des conditions hydrothermales en passant par des stades pegmatitiques et pneumatolytiques.
Dans les roches plutoniques riches en fluor, c'est un minéral primaire dans certains dykes de roches comme les ongonites, les topazites ainsi que dans des leucogranites stannifères.
On peut la rencontrer dans les cavités et autres miaroles de roches volcaniques acides, presqu' exclusivement de rhyolites.


Topaze et quartz enfumé de la région d'Athabascka Mursinka
(Oural - Russie) _ H = 45 mm

.La topaze se rencontre dans les pegmatites granitiques de préférence à tendance sodolithique souvent associée à l'elbaïte, l'orthose, le microcline.... notamment au Brésil (Coronel Fabriciano...) où cristaux de plusieurs dizaines de kgs ont été trouvés. En France de petits cristaux centimétriques blanc grisâtre ont été récoltés prés d'Ambazac.
D'origine hydrothermale, la topaze est fréquente dans la gangue de certains gîtes stanno-wolframifères (Japon, Nigéria..). En France le gisement de Montebelleux contenait de la topaze ± damouritisée (la damourite est une sorte d'hydromica alumineux)....etc

Dans ce numéro 367, vous retrouverez également

Fiche - Archéologie Minière
une chronique de Jacques DUBOIS et Bernard SIMONNOT

Le Puy des Angles (partie 2)
Un site aurifère protohistorique en Corrèze

Le puy des Angles représente la partie la plus occidentale de trois éminences d'altitude croissante dominant d'ouest en est la vallée de la Corrèze : le puy des Angles, le puy Merle et le puy Marty, ce dernier rattaché par un ensellement à la ligne de crêtes culminant au dessus du Massoulier à une altitude moyenne de 470 m.

Cet article (5 pages), après le bref panorama sur la typologie des exploitations recensées, aborde les techniques qui ont dû être employées pour aboutir d'abord à une concentration puis ensuite à l'affinage du métal recherché

Fiche - Sur les traces d'un gisement français
La mine de plomb du mont Chonay (Beaujolais)

Article de 6 pages dont 3 de photos de minéraux extraits de la mine (Brochantite, Tétraédrite, Pyromorphite, "Cuivre gris")


Travaux miniers du Puy des Angles
F ; fosse, MP : minière de pente, T : Terril