Thomasites gongilensis (WOODS 1911)
du Turonien inférieur Ø 58 mm 

NUMÉRO 362 - Juillet / Août 2007

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L'année 2007 marque le lancement d'un inventaire du patrimoine géologique de l'ensemble du territoire dans le cadre de la loi du 27 février 2002 où "...l'État assure la conception, l'animation et l'évaluation de l'inventaire du patrimoine naturel qui comprend les richesses écologiques, faunistiques, géologiques, minéralogiques et paléontologiques.."
Une méthodologie commune a été développée par la Conférence permanente du patrimoine géologique qui comprend le Muséum National d'Histoire Naturelle, la Société Géologique de France.... et la Fédération française amateur de de minéralogie et paléontologie.
La collecte de l'information sera centralisée par les Directions régionales de l'Environnement (DREN) via un réseau d'amateurs, de professionnels... et toute personne intéressée par ce projet peut prendre contact avec la DREN.

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Les Actualités

Les échos :
* - Des cristaux géants à Naica : Depuis un siècle, la mine Naica (Chihuahua - Mexique) exploite un des plus vastes dépôts d'argent et de plomb du monde, situé dans des roches sédimentaires consistant en une séquence de calcaires albiens qui recouvrait une séquence évaporitique aptienne. Depuis 1910, cette mine était célèbre pour ces cristaux prismatiques de gypse transparent (sélénite) de 2 m et 25 cm de diamètre mais en 2000 une nouvelle cavité à - 290 m livra des des cristaux d'une grande pureté de 6 à 11 m de long pour un diamètre d'un mètre. Les analyses des inclusions fluides montrent que ces mégacristaux ont cristallisé à partir de solutions légèrement sursaturées et à une température voisine de 54°C légèrement inférieure à celle dà partir de laquelle la solubilité de l'anhydrite égale celle du gypse (58°C)
*- Cristal géant exposé à Fluelen - Uri - Suisse : dans l'ancienne église. Ce groupe de cristaux de quartz fumé de 280 kg avec prisme d'un mètre a été mis à jour (ainsi que de nombreux autres) en 1997dans un four sur la paroi nord-est de Planggenstock au dessus du lac barrage de Göscheneralp à 2500 m après de titanesques efforts. Récit sur www.vonarx-bergkristalle.ch
*- Ventes aux enchères à Richelieu Drouot le 8 juin où on nota une belle améthyste d'Artigas à 2000 €, une aigue marine sur orthose du Pakistan à 5000 €.... prix élevés mais en dessous des estimations pour la majorité des 366 lots qui trouvèrent acquéreurs
*- Année de la Terre : débutée en janvier 2007 et courant jusqu'en décembre 2009 et qui devrait permettre d'assurer une  compréhension plus efficace par l'homme des connaissances accumulées, de les interpréter et les utiliser comme bases de prévision des évènements futurs.

Les nouveaux minéraux (4) : Chronique de Fabien Cesbron
Manganiandrosite-(Ce) - Vanadoandrosite-(Ce) - Schlegelite - Ottensite


L'actualité paléontologique
 Chronique de Patrice Lebrun - Rédacteur en chef -

*- Dinosaures du Trias supérieur nord-américain : La position phylogénétique des dinosaures du Trias supérieur était controversée . La récente découverte de Silosaurus en Pologne à amener plusieurs spécialistes à douter de la nature théropodiene des formes sud américaines et à revoir les synapomorphies définissant les saurischiens et les théropodes. Ainsi aucun reste nord-américain ne paraît appartenir aux saurodomorphes puisque le matériel susceptible de montrer des apomorphies de prosauropodes fait défaut. Les restes de Revueltosaurus callenderi doivent être attribués à un pseudosuchien et non un ornithischien....
*- Nouvel oiseau du Crétacé mongol : Les restes aviaires restent rares dans le Crétacé supérieur du désert de Gobi mais un nouvel oiseau (découverte d'un squelette partiel en 1998)  Elsonis keni vient d'être décrit comme un énantiornithines mais probablement inapte au vol...
*- "Disastéroïdes" et origine des patangoïdes et holastéroîdes : Les "disastéroïdes" correspondent à un petit groupe d'oursins irréguliers mésozoïques dont la morphologie évocatrice des cassiduloïdes est caractérisée par un disque apical disjoint. Ce groupe considéré comme la souche des Holasteroïda et des Spatangoïda a vu après réexamen par C. Barras, paléontologue du MHN de Londres,  que seulement 16 genres dont un taxon nouveau Smithiaster pouvait faire partie du dit ordre...
*- Des protéines chez Tyrannosaurus rex : vieux de 68 millions d'années ont été identifiés dans les tissus mous suggérant que les liaisons peptidiques étaient remarquablement stables et que leur séquence (difficile) constitue un outil dans leur et l'évolution...

Le Sud Marocain
Texte et photos de Alain CARION

Le Maroc reste une source quasi inépuisable de nouvelles découvertes de minéraux et de fossiles, de nombreux écrits de géologues existent avec moult informations et la diversité des paysages, la richesse du sous-sol, avec l'hospitalité des habitants en font un pays passionnant pour les minéralogistes et la paléontologues d'autant que les marchands sont efficaces.


La mine Bou Azzer

Au départ de Ourzazate
Km 0 au Palais des Congrès et au Km 5 en direction de Marrakech boutique de Chez Keli avec de nombreux minéraux dont de grandes plaques de gypse fibreux. Trois cent mètres après les studios Atlas, le plus ancien marchand M. Salah avec toujours de belles séries de quartz et de goethite et parfois quelques météorites. Au Km 14 à la Mine d'or M. Ali Mouloud qui vous présentera sur Rdv étant souvent absent ses dernières trouvailles aux prix internationaux... Au Km 39, la boutique de M. M.A. Belkhayat avec toujours des lots originaux mais qui se spécialisent dans les éléments anciens de décoration. Au Km 45 voyez les quartz du Tichka chez M. Anaflaz Abdellah puis visitez la mine d'Imini. Entre le Km 50 et 58 des agates rouges à ramasser sur la route...

Direction Bou Azzer
Bou Azzer rouverte pour de nouveaux forages profonds après un abandon dans les années 1980 est actuellement exploitée pour l'argent. Les anciennes galeries restent clandestinement visitées par les mineurs à la recherche d'érythrine, roselite et cobaltocalcite et dans les déblais sur la route de belles trouvailles (serpentine rubanée, garniérite vert pomme, rhomboèdres de calcite blanche...)

Vers Erfoud et Alnif
La "route du sud" pour Erfoud, parallèle à celle allant à Errachidia se prend à gauche sur la route de l'oasis de Zagora en franchissant l'oued Drâa en direction d'Alnif. Aprés Tazarine des vestiges de prospection où on peut trouver de la barytine avec des mouches de galène et sur la route de nombreux marchands de trilobites et parfois de météorites. Outre la boutique de M. IHmadi (photo), en direction de Risani Mujan Fossils avec d'excellents spécimens de "calymènes" de l'Ordovicien.... à la borne Erfoud 29 Km un banc de calcaire noir d'environ 300 m de longueur avec orthocéras et goniatites (qualité moyenne)
A suivre


A la découverte des Pyrénées centrales et occidentales
Le complexe ultrabasique de l'étang de Lerz - (Deuxième partie)
Texte et photos de Jacques TOURET

En proposant en 1984 le nom d'Lherzolite pour une roche près de l'étang de Lerz, A. Lacroix ne se doutait pas de la notoriété internationale que prendrait ce type pétrographique dans la classification. En effet cette roche est la plus typique du manteau continental (par opposition au manteau océanique) et c'est l'un des très rares endroits où elle est directement accessible à l'observation (les autres étant des enclaves remontées par les volcans).
Pour accéder au site, soit par le nord à partir de Massat, soit par l'ouest via Vicdessos. Écosystème unique abritant une microfaune et une flore très particulière, l'étang de Lerz est protégé par la commune de Massat et le seul café est devenu une "annexe du Muséum" où se succèdent depuis Lacroix les chercheurs du laboratoire de minéralogie du MNHN



Filon de Lherzite (grisbleu) replissé dans de l'Lherzolite
Principaux types pétrographiques
  • des Lherzolites litées (20 à 40% du massif), olivine, clinopyroxène et orthopyroxène, 2 à 3% de spinelle magnésien et des traces d'amphibole (kaersutite)
  • de la harzburgite constituée d'olivine et d'orthopyroxène en bancs concordants avec la foliations des Lherzolitez
  • des clinopyroxènites formées d'orthopyroxène et de clinopyroxène avec parfois de la webstérite

     

Caractère majeur et unique du gisement de Lerz, certains affleurements montrent la présence de filons discordants de péridotites ou pyroxènites très riches en amphiboles (pargasite) roche que Lacroix à appeler lherzite mais on parle plutôt de "Lherzolite à amphiboles".


Baguettes de couseranite (scapolite) dans un calcaire métamorphique - cristaux de 15 mm

Les meilleurs endroits pour observer les différents types pétrographiques sont situé le long de la route menant vers Aulus et l'auteur sur une carte marque les 6 points d'arrêt permettant d'observer les centres d'intérêt :
  1. Contact lherzolites-encaissant calcaire (Jurassique légèrement métamorphisé)
  2. Vue générale du massif
  3. Brèches et niveaux à grenats (ariégites)
  4. Détail du massif lherzolitique, sur section de bord de route
  5. Contact lherzolites-encaissant (brèches)
L'auteur nous livre quelques notions de pétrographie (principaux minéraux, termes importants...) et l'on retrouve le lexique du débutant avec la définition des principaux mots de l'article et un encart sur l'histoire complexe de cette formation et sur les techniques géochroniques basées sur sur la désintégration d'un isotope en son élément fils (potassium/argon, rubidium/strontium, néodyme/samarium et plus récemment rhénium/osmium qui a permis de trouver des âges de l'ordre de 1,2 milliard d'années).
A suivre

Évolution des Pseudotissotinæ
trans-sahariens (Cénomanien / Turonien) - Comparaison avec la Téthys
Didier BERT

 Afin de se faire une idée plus générale du groupe et suite aux articles précédents la comparaison des formes trans-sahariennes avec les formes téthysiennes permet de donner un aperçu paléobiogéographique et de voir l'interaction du milieu (eustatisme) compte tenu des connections de cette zone avec la Téthys occidentale et avec l'Atlantique Sud récemment ouvert

Pseudotissotinæ trans-sahariens
Famille Pseudotissotidæ HYATT 1903
Sous-famille Pseudotissotinæ HYATT 1903

  1. Genre Thomasites PERVINQUIERE 1902
    Espèce type : Pachydiscus rollandi PERON 1889
    Thomasites meisteri BERT 2007
    Thomasites gongilensis
    (WOODS 1911)
  2. Genre Wrightoceras REYMENT 1954
    Espèce type : Bauchioceras (Wrightoceras) wallsi REYMENT 1954 
    Wrightoceras nigeriensis (WOODS 1911)
    Wrightoceras wallsi (REYMENT 1954)
    Wrightoceras munieri (PERVINGUIERE 1907)

Pour chaque espèce, outre la description l'auteur donne la synonymie, l'holotype, la localité type, la répartition stratigraphique ainsi que les rapports et différences entre les espèces.


Thomasites gongilensis (WOODS 1911) Ø 66 mm

Phyllogenèse et évolution des Pseudotissotinæ trans-sahariens
Données stratigraphiques : Il est communément admis que l'origine du genre Wrightoceras REYMENT 1954 est à rechercher dans le genre Thomasites PERVINQUIERE 1902 comme pour le genre téthysien
Pseudotissotia PERON 1897. La présence de représentants du genre Thomasites (T. meisteri BERT) au sommet du Cénomanien supérieur est avéré dans le fossé de la Bénoué
Caractères évolutifs
: Les caractères susceptibles d'évolution sont à la fois d'ordre ornementaux (trois stades potentiels) et morphologiques (forme de la section,de l'ombilic et du ventre)
Évolution : La coquille de Thomasites meisteri BERT (Ø 100-105 mm) est dominée par le type ornemental "Vasoceratidés" bituberculé et côtes bien présentes, puis stade lisse dés Thomasites gongilensis (WOODS) avec une taille plus importante (Ø 150-165 mm) et plus grande taille (Ø 210 mm) encore avec Wrightoceras nigeriensis (WOODS)...


Wrightoceras wallsi (REYMENT 1954) Ø 60 mm

Paléobiogéographie
Eustatisme : La période fin-cénomanienne correspond à un intervalle transgressif qui se termine dans l'horizon à Crassum puis succède une période de haut niveau marin à partir de l'horizon à Glabrum jusqu'à l'extrême base du Turonien inférieur puis un bref intervalle régressif jusqu'à l'horizon Costatum et à nouveau une transgression maritime (horizon à Gongilenis)... avec inondation maximale aux horizons Nigeriensis et Wallsi
Flux migratoires supposés : lors de la transgression marine au sommet Cénomanien supérieur / base du Turonien inférieur qui favorise l'ouverture de la mer trans-saharienne entre la Téthys et l'Atlantique Sud avec pour conséquence une homogénéisation du milieu et des flux migratoires facilités.

Conclusions
Comme pour la lignée téthysienne étudiée précédemment, la canalisation évolutive de Pseudotissonæ trans-sahariens semble impliquer des altérations du développement ontogénique - hétérochronies sensu Gould, 1977 - dans le sens d'une péramorphose complexe associant accélération et hypermorphose, processus semblant se faire sous contrôle eustatique.
Rappelons que les principaux termes utilisés tels eustatisme, hard-ground, lobe externe, lobe dorsal, lobe ombilical, régression, transgression sont définis dans le lexique de fin d'article


Azurite
Un carbonate de cuivre basique
Chronique de Fabien CESBRON

Si Pline mentionne un minéral bleu sous le nom de cæruleum ou lapis armenius, ce n'est qu'avec Balthazar George Sage (1740/1783) premier directeur de l'École des Mines fondée en 1783 et son "azur de cuivre" que l'azurite est identifiée avec certitude. C'est Beudant qui introduisit en 1824 le nom d'azurite dérivé d'azur (du persan lâjvard) couleur de sa poussière mais le nom de chessylite (du nom du village de Chessy) introduit en 1852 fût longtemps utilisé.

L'azurite Cu3(CO3)2(OH)2 est monoclinique. Sa structure comprend des groupements rectangulaires et des groupements en forme de pyramide pseudo-quadratique. Les cristaux présentent des faciès souvent tabulaires mais aussi prismatiques, pseudo rhomboédriques ou en nodules hérissés de pointements triangulaires.


Azurite de la mine Holbrook - Bisbee
Arizona - Etats Unis - H = 76 mm


Azurite et malachite de Tsumeb - Namibie - Ø 15 cm

Propriétés physiques et optiques - fragile - cassure conchoïdale - clivage parfait mais interrompu - transparente à translucide - éclat vitreux presque adamantin - couleur bleu azur (pulvérulente) à bleu plus ou moins foncé tirant sur le noir - trait plus pâle - dureté de 3.5 à 4- densité de 3.77 - biaxe positive - soluble dans les acides et se décomposant dans l'eau bouillante...

Conditions de gisement - L'Azurite est un minéral supergène des zones d'oxydation des gîtes cuprifères se formant soit par l'action des eaux carbonatées, soit par l'interaction de solutions cuprifères acides (CuSo4 est soluble dans l'eau) sur des calcaires. On la trouve associée à la malachite, la cuprite, la chrysocolle, la brochantite... Parmi les localités célèbres pour leurs cristaux citons Bisbee (Arizona) et son porphyre cuprifère (mines Sacramento, Copper Queen...), Tsumeb en Namibie, Zacatecas (mine San Carlos) et Chihuahua au Mexique, Touissit au Maroc... et
Gisement de Chessy (Rhône) : gîte sulfuré polymétallique (Cu-Zn-Ba) d'origine volcano-sédimentaire sur la bordure est du Massif central dans la vallée de l'Azergues. Exploité par les celtes et les romains, il dut son développement à Jacques Cœur, l'argentier de Charles VII et son activité cessa en 1877. Il existerait en profondeur suite à des recherches du BRGM un potentiel de 5 millions de t de minerai à 3% de cuivre et 7% de zinc....


Panderia
Un trilobite endobionte
Chronique de Patrice LEBRUN

Panderia VOLBORTH 1863 est un trilobite de l'Ordovicien bien représenté dans les contrées ceinturant la mer Baltique. Son nom honore Christian Heinrich Pander (1794 - 1865) naturaliste russe, père de l'embryologie qui s'interessa également aux trilobites.


Panderia beaumonti
Traveusot près de Guichen - Ille et Vilaine - x 2.45

Ce trilobite se compose d'une carapace qui paraît presque lisse, un céphalon où les yeux sont bien visibles et où la glabelle est quasiment dépourvue de la segmentation transverse qui délimite divers globes lamellaires chez de nombreux trilobites, un thorax avec huit segments articulés, un pygmidium semi elliptique

Panderia, Ottenbyaspis BRUTON 1968 et, peut être Hemibarrandia PRANT & PRIBYL 1949 (= Pseudonileus KOBAYASHI 1951) et Pogrebovites BALASHOVA 1976 sont les seuls genres inclus dans la famille Panderidæ BRUTON 1968 qui est considérée comme un groupe proche des illénides.

En France et dans la péninsule ibérique ce genre est présent par une espèce unique baptisée Panderia beaumonti (ROUAULT 1847) qui est relativement commune dans les siltites du Llandeilien et du Caradoc basal des formations d'Andouillé, de Traveusot et dans les grés caradociens de la formation Kermeur....

L'espèce ibéro-armoricaine présente plusieurs particularités anatomiques différentes (Lebrun 1995) et une taille pouvant atteindre 5 à 6 cm par rapport à celle des pays baltes qui ne dépasse pas 3 cm, petitesse qui serait due à un développement dans des eaux quasi polaires.

Panderia et certains autres trilobites à carapace plus ou moins lisse et fortement convexe semblent avoir développé un mode de vie endobionte où seul le céphalon émergeait du sédiment meuble, le reste de la carapace étant enfouie presque verticalement donnant au trilobite une forme en équerre caractéristique dénommée position bumastoïde car elle a été proposée pour le genre Bumastus MURCHINSON 1839

Dans ce numéro 362, vous retrouverez également

  1. Sur les traces d'un gisement français... La cordiérite du Huelgoat (Finistère)
  2. La fiche pour débuter avec  Quelques compléments sur la systématique