Or cristallisé 25 mm, placer de Boulanger - Guyane

LE NUMERO 280 - JANVIER 2000

L' OR en FRANCE, gisements aurifères en France métropolitaine et en Guyane française.
par Jean Claude BOUILLARD et Véronique TOURNIS

Ce métal présente des caractéristiques trés particulières parmi lesquelles sa densité (19,3), sa malléabilité (1 gr permet d'obtenir une feuille de prés d'1 m²), son insensibilité (à l'eau, aux bases, aux acides) lui permettant de se trouver à l'état natif, sa rareté (environ 0,0011 gr/t dans la croûte terrestre) mais aussi sa présence dans une grande majorité de pays, sa couleur (seul métal coloré avec le cuivre) reconnaissable
Souvent premier métal connu et exploité, il est un symbole quasi-universel de pouvoir et synonyme de richesse.

Aperçu historique.
L'histoire de l'or en France commence au Ve siècle avant J.C avec l'arrivée des tribus celtes pour qui l' or est un symbole religieux, une richesse que l'on offre aux dieux. Les Gaulois exploitent donc les sables aurifères mais aussi des mines (Haute-Vienne). La Gaule surnommée "Gallia Aurifera" connaît aprés le déclin de l'Empire romain une trés longue période où il semble n'y avoir aucune exploitation minière, mais l' orpaillage (cf. Librairie)reste intense. En 1414, le roi Charles VI jette les bases d'un statut de l' orpaillage et Louis XI réglemente la fiscalité et le commerce de l'or.
Au début du 17ème siècle, un inventaire des richesses minières, dont l'or, est effectué par Jean du Châtelet et son épouse; accusés de sorcellerie, leurs écrits sont oubliés.
La découverte de la mine de la Gardette (Oisans) exploitée dés 1781 relance l'intérêt pour l'or et une première concession (Beauberty - Puy de Dôme) est accordée en 1837, puis une seconde en 1847...
Néanmoins le développement des mines reste timide car les moyens financiers à mettre en oeuvre sont importants (Les sociétés par actions divisant le risque datant de 1867), et la méthode d'extraction traditionnelle au mercure inadaptée aux gisements ( la cyanuration date de 1886).
Fin 19e, début 20e on note des essais d'exploitation des alluvions par drague (1900 - Gard), puis 1903 découverte de la mine de La Lucette (Mayenne), 1905 Bellière (Maine et loire)...et plusieurs sociétés se créent dont le groupe Léonino-Balzac. A la fin de la guerre, ces sociétés sont en difficulté et en 1928 se crée la Ciminor qui reprend l'exploitation ds mines de Limousin et cesse ces activités en 1946 (En 1935, Bretton woods, fixe un cours de l'or à 35$/once, trop bas pour assurer une rentabilité). En 1959, création du BRGM et l'exploitation fluctue en fonction des cours du métal précieux

Généralités sur l' or en France
Les gisements
sont de deux types : les gisements détritiques ou placers (plusieurs types) qui résultent de la désagrégation par l'érosion d'une roche aurifére ou d'un gisement antérieur et les gisements primaires qui n'ont subi ni dégradations, ni transport et sont issus de phénomènes volcaniques, hydrothermaux...
Les grandes provinces aurifères : Les gisements se trouvent dans les vieux massifs - Massif armoricain avec 3 grands gisements ( la Lucette...), Limousin et Marche avec les mines de la Sté de Bourneix et enfin la Montagne noire avec la mine de Salsigne. De nombreux indices ont également été décelés dans les Alpes (La gardette), les Pyrénnées (Gloriane), l' Auvergne, les Cévennes...l'or alluvionnaire est largement distribué et une annexe donne les principaux cours d'eaux aurifères.
Le traitement des minerais : Schématiquement les opérations de traitement du minerai sont a) préparation mécanique (concassage et broyage), b) concentration du minerai (gravimétrie, flottation) c) préparation du concentré (pyrométallurgie, grillage et cyanuration...), d) fusion (mise en lingots), e)
affinage (pour obtenir le titre requis). Les méthodes de traitements sont adaptés aux types de minerais se
classant en 5 familles.


Or sur quartz de la Gardette-4 cm


Ludlamite de salsigne 4 x 3,5 cm

Les grandes mines d' Or françaises

Cet article de 27 pages avec de nombreuses ilustrations donne pour chaque mine la géologie, l'historique et la minéralogie
Les Alpes
Elles doivent leur réputation à une seule localité, la mine de La Gardette qui a une importance historique et minéralogique considérable ayant outre l'or, donné des cristaux de quartz et de chalcopyrite parmi les plus beaux du monde.

La Gardette
Géologie
: Situé à 2 km au sud et 500 m au dessus de Bourg d'Oisans, la dernière concession de la mine en 1904 occupait 225 ha. Le filon est encaissé dans les gneiss du socle cristallin du Pelvoux, gneiss recouverts par une formation de calcaire dolomitique du Trias, le tout surmonté d'une couche épaisse de calcaires du Lias. le filon qui affleure en plusieurs points est principalement constitué de quartz avec des "fours" de dimensions plurimétriques. ce filon est daté entre 50 et 60 millions d'années.
Historique : Vers 1700 des paysans découvrent des "pierres jaunes" mais les travaux engagés ne révélent rien; en 1717 découverte d'un quartz avec"des branches d'or fin" mais des recherches de 1733 à 1763 ne donnent rien non plus; 1767 découverte d'argent sur la commune voisine d'Allemont d'où des prospections accrues et découverte d'or natif par Laurent Garden en 1770. Les travaux entrepris en 1781 (22 puits ou galeries) ne donnérent pas les résultats escomptés et l'exploitation cessa en 1788. La concession fût cédée de nombreuses fois et toute exploitation cessa en 1908. Si la production "officielle" est estimée à 20 kg, La gardette reste connue pour ces cristaux de quartz.
Minéralogie : Quartz - cristaux prismatiques à fort allongement 10 voire 20 cm, trés limpides, terminés par les six faces pyramidales, se présentant en agencement complexe dont une macle spectaculaire aujourd'hui appelée Macle du Japon. Chalcopyrite - sphénoèdres de 10 m d'arête. Or - en feuilles 5 cm. A signaler parmi les autres minéraux la Brannérite, l'Aïkite.
le MASSIF ARMORICAIN
Ce massif comprend plusieurs mines dont La Lucette (cf. Librairie) première mine où l'on a trouvé de l'or en quantité importante, La Bellière et l'exploitation de Rouez (cf. Librairie) dernier gisement aurifère découvert en France.

La Lucette
Géologie : Concession de 841 ha à 12 km à l'ouest de Laval, le gisement se présente en une douzaine de filons encaissés dans un anticlinal formé d'un noyau gréseux et surmonté de schistes et de grés. Il est daté d'environ 400 millions d'années. Le remplissage est constitué par le quartz, la stibine et un peu de mispickel
Historique : En mars 1891, M.Masure découvre sur une route nouvellement empierrée de la stibine et décide d'engager démarches et tractations pour l'exploitation d'antimoine et, rencontre fortuitement un ingénieur chimiste spécialisé M. Herenschmidt qui participe à l'association aboutisant le 1er avril 1899 à l'obtention de la concession. Le 27 mars 1901, le conseil d'administration révoque pour mauvaise gestion M. Herrenschmidt qui avait été nommé administrateur délégué et qui n'aura de cesse jusqu'en 1904 d'intenter des actions en justice d'autant que le 23 juin 1903 l'or fut officiellement découvert. Le 5 juin 1905 la concession fut étendue à l'or. En 1909 la mine produisait 25% de l'antimoine mondial mais l'épuisement des filons les plus riches conduisirent à la fermeture en 1941. Il fut extrait 8,7 t d'or et 42000 t d'antimoine métal.
Minéralogie : La stibine en cristaux trés brillants aux formes habituelles mesurant jusqu'à 30cm de long. L' or en concrétions volumineuses (980 gr dont 960 gr d'or) et pépites de 3 cm.

La Bellière
Géologie : Sur 508 ha cette concession à 50 km à l'ouest d'Angers (Maine et Loire); ce gisement est constitué de quatre groupes de filons quartzeux encaissés dans des schistes briovériens. Le minerai est un quartz contenant 1 à 1,5% de sulfures (mispickel, pyrite, galène, blende et chalcopyrite). L'or est parfois visible en mouches de 5 mm de diamètre.
Historique : En 1895, un ingénieur des mines M. Burthe à la recherche d'étain remarque dans le parc du chateau de Bellière de profondes excavations (Mines de Villeder?) et fait effectuer des prélevements qui révéleront la présence de mispickel contenant de l'or (5 à 310 gr/t). Le traitement des mispickels n'étant pas parfaitement maitrisée les démarches traînent, et ce n'est que le 5 juin 1905 que la concession est accordée. Dés 1906 la production atteint 200 kg, puis 1241 kg en 1910. L'épuisement des filons à forte teneur entraîne la fermeture en 1941 aprés une production cumulée de 10,28 t d'or ainsi qu'un peu d'argent et d'arsenic.
Minéralogie : Aucun échantillon minéralogique remarquable n'a été extrait de ce gisement.

L'amas sulfuré de Rouez
Géologie : A 30 km au nord-ouest du Mans (Sarthe), ce gisement du type amas sulfuré est enchâssé dans des formations du Briovérien. Le minerai primaire à sulfures est composé de 43 % de pyrite, de 22% de pyrrhottite, 19% de sidérite et 16% d'autres sulfures et part non minéralisée.Le gisement est réparti en 4 types de gîtes, selon la division classique d'un gisement de sulfures ( zone profonde, cémentation, chapeau de fer). Le minerai du chapeau de fer est composé d'oxydes et d'hydroxydes de fer sous forme colloïdale enrichis de métaux précieux.
Historique : En 1974 une association est créée entre le BRGM et ELF-Aquitaine pour la recherche d'amas sulfurés, gisements exploités dans divers pays tels le Canada, l'Australie...A la veille de Noël 1975 une forte anomalie électromagnétique eest décelée et le 21 janvier 1976 un sondage traverse 83 m de sulfures aprés 23 de formation oxydée. La fluctuation des cours de l'or fit que l'exploitation commença en novembre 1988 et cessa en 1992; le chapeau de fer donna 2 t d'or et 7 t d'argent.
Minéralogie : Les sulfures primaires ne donnèrent aucun spécimen minéralogique remarquable du fait de l'absence de cristaux libres.le chapeau de fer ne livra aucune rareté.

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